Vous étiez deux

Je n’en parle jamais, c’est vrai, pourtant…
Lorsque mon fils n’était alors qu’un embryon et qu’il a été implanté en moi par le médecin du service de PMA, il n’était pas seul.
Il était accompagné de son frère ou sa soeur.

Alors, il y a environ un an, j’ai écrit un texte qui s’adresse directement à mon bébé au sujet de mon ressenti après cette FIV si particulière. Celle qui parviendra enfin à me faire devenir mère.

Mais avant de vous faire partager ce texte, j’aimerais vous dire à quel point j’ai une pensée émue pour tous ceux qui sont véritablement endeuillés, ceux dont la douleur est indicible, ceux qui subissent les fausses couches à répétition, ceux qui perdent le fruit de leur amour en cours de grossesse, ceux qui combattent la maladie de leur enfant avec acharnement, ceux confrontés à la souffrance de l’infertilité. Et je dois certainement en oublier beaucoup.

A tous ces hommes et femmes dont le courage est exemplaire, je tenais à vous dire que par vos combats je réalise bien davantage le miracle que représente mon fils.

Pardonnez-moi d’avance de vous confier par ce texte mes émotions, évidemment non comparables à votre vécu, mais que j’aimerais tout de même évoquer ici.

Voici donc les mots écrits à l’attention de mon fils, il y a un peu plus d’un an, alors que j’étais enceinte de quelques mois:

« Je n’en parle jamais c’est vrai, pourtant…

Lorsque que tu es arrivé en moi, tu n’étais pas seul. Tu étais accompagné de ton frère ou ta soeur.
Vous aviez déjà passé quelques temps ensemble auparavant et vous aviez été sélectionnés pour vivre une grande aventure tous les deux, en jumeaux !

J’ai commencé tout de suite à vous parler: « Allez mes petits brybry on s’accroche ! », je vous soutenais, je vous coachais, et je faisais tout ce qu’il fallait pour que vous restiez bien avec moi.

Passer ses journées collée au canapé ? Prendre des tonnes de médoc aux multiples et difficiles effets secondaires ?
Pour vous garder avec moi, ce n’était pas un problème !

Je sentais que vous étiez bien là, alors je continuais à vous parler et vous encourager.
Mais un jour, je ne pourrai jamais l’expliquer, mon instinct m’a fait penser que tu étais désormais seul avec moi.
C’était une sensation étrange, car les jours d’avant, je ressentais votre présence à tous les deux, et puis, le lendemain cette sensation s’était envolée.
Mon instinct m’a aussi même poussée par la suite à être persuadée au fond de moi que j’étais bel et bien enceinte et que tu étais un garçon. Oui, très très rapidement, ça a été pour moi une évidence.

Quand on a su officiellement que tu t’étais sacrément bien accroché, notre joie fut indescriptible. Les mots ne sont pas assez forts pour décrire ces instants-là.
La première fois que nous t’avons vu sur cet écran noir, nous avons de nouveau remarqué ta ténacité, eh oui, tu étais toujours bien là, avec ton petit coeur qui bat, jamais on ne pourra oublier ce petit point rouge qui clignotait… L’émotion était alors à son comble.

Pourtant, je ne te cache pas que j’ai aussi ressenti un certain pincement au coeur ce jour-là…
Car on avait eu la confirmation que ton binôme était parti. Nous n’avions même pas eu le temps de le voir.

Alors même s’il n’y a désormais plus que toi que je sens, que toi à qui je parle, que toi que je caresse à travers mon ventre, que toi à qui je donne des surnoms plus tendres les uns que les autres, que toi que j’aime d’un amour maternel inconditionnel… Il m’arrive malgré tout d’avoir de temps en temps des pensées pour « Mon petit brybry ». Celui qui n’a jamais pu évoluer en « Mon petit bébé », que tu es toi aujourd’hui.

Quand je vois tes cousines jumelles jouer et grandir ensemble, quand je vois des poussettes double dans la rue, quand j’entends que les FIV des autres ont donné des jumeaux, cela me renvoie parfois un certain sentiment de frustration: « Ça aurait pu être nous »…
Mais aussitôt après avoir eu cette pensée, une autre apparaît et la voile totalement.
Celle tout simplement d’avoir la chance inestimable de t’avoir dans notre vie.
Celle d’avoir réussi et d’avoir eu le plus merveilleux des cadeaux. Et même si tu n’es pas encore né, nous nous sentons déjà trois.

Crois-moi mon bébé, je n’aurais pas voulu que ça se passe autrement. Chaque chose dans la vie arrive pour une raison bien précise, c’est Dieu qui décide. Et il faut l’accepter et en tirer toujours le positif.
« C’est un mal pour un bien », c’est comme ça qu’on fonctionne ton père et moi.

Plus tard, quand tu sera en âge de comprendre, je souhaiterais te faire lire ce texte. Pour te montrer à quel point tu es un miracle à nos yeux et que tu t’es accroché comme un guerrier pour faire partie de notre famille Courage.

Bref, tu es vraiment notre bébé warrior, celui qui a réussi à surmonter chaque étape avec brio et celui qui fait aujourd’hui de nous la plus heureuse et soudée des familles. »

5 commentaires sur “Vous étiez deux

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