Mon corps, mon ennemi intime

Il est celui contre et avec lequel je me bats à la fois.
Il est la source de ma douleur et de mon bonheur en même temps.
Il peut être aussi bien camouflé qu’impudique.
Car lorsque je suis sur ces tables d’examen médicales, j’ai comme l’impression que mon corps est mis à disposition et qu’il ne m’appartient plus vraiment.
On le scrute, on le palpe, on l’ouvre, on l’analyse.
Et moi, je dois faire avec.
« Allez-y donc, ne vous gênez pas, faites votre boulot ».
Avec ceux qui m’auscultent, j’utilise aussi le ton de l’humour pour évacuer mon stress.
Je fais la forte mais mon corps me trahit. Il ne sait pas mentir, lui, et faiblit alors.
Mes membres tremblent, ma peau transpire, mon coeur palpite.

Il y a pire, cela va de soi, il y a ceux dont la maladie est si grave qu’elle les oblige à subir chirurgies et traitements à répétition pour sauver leur vie.
Il y a ceux qui ont le sentiment d’être devenus des cobayes et qui désespèrent de trouver le bon remède pour s’éloigner de la mort.

Alors, mon ressenti à moi, à côté, ce n’est rien, j’en ai bien conscience.
Le courage de ces gens-là me fait relativiser au quotidien sur les petites choses de mon existence.
Mais voilà, j’ai besoin de mettre sur papier mes émotions et j’ai envie de les partager avec vous.

A l’origine, je voulais écrire un article au sujet de ce corps que je ne reconnais plus.
De ses nouvelles formes depuis mon accouchement, que j’ai souvent du mal à accepter.
De sa peau qui a changé quelque peu d’aspect.
De son reflet dans le miroir qui me donne envie de me cacher sous la couette de mon lit et de ne plus jamais en sortir.
De tous ses changements qui me donnent parfois l’impression d’être dans la peau d’une autre.

Quand on devient mère, notre corps change. Définitivement.
On a donné la vie et il le garde en mémoire, à sa façon.
Qu’on perde nos kilos de grossesse ou non, notre silhouette n’est plus la même.
Il y en a qui ont plus de chance et de facilités à retrouver rapidement un corps qui les satisfait, et puis il y a les autres.
Celles qui n’ont pas réussi à s’accepter avec ce nouveau corps, celles qui en souffrent en silence et dont les complexes sont immenses.
Celles qui s’épanouissent tellement dans leur vie de mère, qu’elles en oublient leur vie de femme.

Ce n’est pas si difficile de se reprendre en main me diriez-vous, il est vrai. Et c’est bien ce que je tente de faire.
Mais derrière cela, il y a autre chose qui se joue, et c’est ce qui m’amène à cet écrit.
Car je me sens parfois comme une cocotte prête à exploser. Aussi bien extérieurement qu’intérieurement.
Avec mes nerfs prêts à lâcher.

Car mon corps, pour pouvoir le bichonner comme je le faisais avant, il faut que je l’aime.
Pour l’aimer, il faut que je l’accepte.

Mais je ne veux plus.
Je ne veux plus accepter de souffrir lors de mes cycles.
Je ne veux plus laisser place à mon endométriose qui s’étend, à mon ventre dans tous ses états, à mes ovaires douloureux et j’en passe.

Ah, la vie d’une femme n’est clairement pas sans chamboulement…
Nos hormones, à notre grand désarroi, nous jouent souvent des tours et nous rendent bien trop souvent la vie impossible.
On tente alors de les combattre, ces fichues intruses, mais rien n’y fait.
Elles ont l’air de s’en donner à coeur joie, pendant que notre coeur boude.
Le changement d’humeur, les ballonnements, les bouffées de chaleur, les douleurs… et la fameuse prise de poids !

Et puis, celles qui passent par la PMA le savent bien, nos corps d’infertiles sont particulièrement mis à rude épreuve…

Pourtant, enceinte, je me sentais belle. Belle et bien dans ma peau.
Durant ma grossesse, je cherchais même les robes les plus moulantes pour épouser mes formes.
Moi qui avais une adoration à l’origine pour les robes patineuses et leur look girly, je voulais mettre en avant ma silhouette.
Ce ventre rond que j’avais tant espéré, je voulais qu’il soit montré au monde entier.

Alors, que s’est-il donc passé depuis la naissance de mon fils ?
Mon corps et moi, nous nous sommes comme disloqués.
Une rupture brutale et douloureuse.
Il m’avait bien servi, merci, mais ça y est, c’était fini.
Nous ne faisions qu’un lors de ma grossesse, nous étions ensemble, l’un avec l’autre, mais depuis mon accouchement, mon corps a repris sa route et nous sommes comme l’un contre l’autre.
Il a replongé dans cet océan de douleurs, et moi je me noie dans un tsunami d’hormones.

Ce que je veux, c’est que mon corps me laisse enfin tranquille
Qu’il cesse par ailleurs de me rappeler à quel point je devrai me battre pour espérer un jour agrandir notre famille.

Mon corps, tantôt mon allié, tantôt mon adversaire…
Essayons donc de faire équipe. Que celle-ci soit soudée et sans coup de vice.
Réapprivoisons-nous, laissons-nous le temps d’apprendre l’un de l’autre, dans la bienveillance.
Cessons donc d’être dans la confrontation, coexistons enfin en harmonie…

Car mon corps, une relation particulière nous lie.
Tu es à la fois mon ami et mon ennemi intime. Et toi et moi, c’est pour la vie.

2 commentaires sur “Mon corps, mon ennemi intime

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